Comprendre l'état de transe
dans la danse soufie ?

La transe fait peur

Beaucoup de personnes m’interrogent sur cet état de transe dans la danse soufie (dite aussi danse derviche) et cela leur fait peur.
La perte de maîtrise inquiète le mental, et si je perdais la tête ?
Les gens apparentent la transe un peu à la folie, et pourtant allons voir cela d’un peu plus près.

En savoir plus sur la transe

La transe est un état modifié de conscience caractérisé par une attention focalisée, une perception altérée du temps et/ou du corps, et parfois une diminution du contrôle volontaire.
Elle peut être recherchée dans des contextes spirituels, thérapeutiques, artistiques ou méditatifs.
Pendant la transe le cerveau fonctionne différemment et c’est vraiment un processus en soi.

C’est une intense modification de la conscience, un saut dans un monde non ordinaire où l’on fait l’expérience d’être autre.

Notre première expérience de transe

remonte certainement à notre enfance où nous nous sommes mis spontanément à écarter les bras sur nous-même et où nous nous sommes mis à tourner sur nous-même, jusqu’à ressentir cette ivresse jusqu’à en tomber par terre en riant.

Les risques de la transe

Il faut distinguer les pratiques encadrées et sécurisées des méthodes extrêmes pouvant provoquer malaise, dissociation ou danger physique. Certaines techniques intensives (privation de sommeil, substances psychoactives, hyperventilation excessive) comportent des risques psychologiques et médicaux et doivent donc être encadrées. Les principaux risques de la transe résident dans l'utilisation de drogues de plus en plus fortes actuellement, pouvant provoquer des dommages psychiatriques graves.

L'obtention de la transe

Depuis des décennies la transe est très utilisée dans les pratiques chamaniques. Elle peut s'obtenir par la respiration, la répétition rythmique prolongée de chants, tambours, la danse prolongée, la concentration mentale intense dont la médiation et la visualisation. Je laisserai de côté la consommation de drogues dont le LSD a été le plus connu et bien d'autres. Assez en vogue en ce moment : l'absorption de substances psycho-actives à des vues de développement personnel. Cette recherche de l'état de transe pousse ainsi des personnes à s'initier à l'absorption d'une préparation de plantes qu'est l'Ayahuasca. C'est une préparation traditionnelle d'Amazonie utilisée depuis longtemps dans des contextes chamaniques de guérison. L'absorption d'Ayahuasca n'est pas addictive, cependant illicite OK.

La transe intéresse la science

J’ai été très intéressée par ce documentaire et trouve cela très encourageant ! Je vous encourage à le visionner car cela m’a beaucoup inspiré et conforté dans la compréhension que j’ai de pratique de la danse soufie.
Ce qu’il en ressort et que je trouve très intéressant : « le corps sans l’absorption de molécule est capable de s’auto corriger. » 
« La transe serait une expérience similaire à une expérience psychédélique, une expérience que nous portons en nous depuis fort longtemps et oubliée  de notre conscience ».

Les bénéfices de la transe

La transe diminue la sécrétion de cortisol, hormone du stress et augmente l'augmentation de l'ocytocine qui est l'hormone du bonheur ou du lien social, et pourrait avoir les mêmes effets que la méditation, l'hypnose et d'autres pratiques corporelles. En effet elle permet symboliquement de soulever comme "un couvercle » sur notre conscience, et donc de rentrer dans un état naturel très corporel, en laissant tomber les filtres, les codes et le mental, afin de revenir à un état d'être à la perception dilatée et une présence dite essentielle à l'instant présent.

Les chercheurs se sont rendus compte que la pratique régulière de cet état de transe va permettre une réponse au stress plus ajusté et efficace. Ils se sont mis à l'utiliser pour les états dépressifs sévères pour lesquels la médecine se trouve en échec, et également pour soigner les addictions avec des pourcentages d'amélioration et de guérison significatifs.

Cet espèce de "maillage" induit par la transe

Les personnes interrogées suite à une expérience de transe encadrée médicalement, font toutes état d’une connexion très particulière à elle-même ainsi qu’à tout ce qui les entourent, comme si elles étaient reliées à la fois profondément à elles-même et au au monde extérieur.

Elle décrivent toutes un état de « maillage » à tout ce qui les entourent, leur procurant la sensation d’être reliées à tout ce qui les entourent, créant ainsi un sentiment d’appartenance au monde et donc un sentiment de paix, de joie et de bonheur. Ces personnes une fois revenues de leur état de transe conserve durablement des bénéfices de cette expérience. Et pour aller plus loin ces personnes découvrent et sont touchées par un état d’amour inconditionnel. Il semblerait que cela fasse sens significativement dans la vie de ces patients.

Bien

La transe dans la danse derviche, une transe consciente

Quand vous tournez dans un mouvement giratoire continu les perceptions sensorielles sont petit à petit modifiées. La vision devient floue et les couleurs sont à peu près celles d’un kaléidoscope. Le corps devient très sensible à tous les bruits extérieures. La respiration a tendance à s’amplifier. Nous rentrons dans une transe consciente, c’est à dire où le système cognitif reste présent tel un témoin. En cela cet état de transe est très intéressant, car il fait appel à la fois au système sympathique et  parasympathique (inconscient). Le danseur garde le contrôle et la maitrise afin de rester ancré dans le sol et de garder son équilibre dans la giration. D’autre part il abandonne son corps à la force centrifuge provoquée par la giration et met son mental en « veille » afin de rentrer dans la dimension plus spirituelle et silencieuse de cette danse. 

Dans la danse soufie, le derviche tourneur penche son buste et sa tête vers la droite, en signe d’abandon, et disent qu’ils déposent leur tête « sur l’oreiller de Dieu ». Le grand chapeau des derviches tourneurs représente d’ailleurs l’ego ou mental. Donc cette synergie qui met en branle les deux cerveaux réside toute la difficulté de cette danse. Cette double connexion est le garant de l’intégrité et de la sécurité du danseur. Si vous vous abandonnez complètement dans le tournoiement, alors vous venez tout simplement toucher et embrasser la terre en douceur, qui se charge de vous recevoir et de vous ancrer à nouveau. Donc c’est toute une approche et un travail corporel  d’arriver à rester à la fois dans la présence et le lâcher prise dans son corps. Et là c’est la magie de toute la préparation à cette danse que je mets en oeuvre afin de donner ancrage et souplesse au corps et mettre le mental au repos tout en le rassurant.

Recherche de la transe dans la danse soufie

Les soufis recherchent dans cette danse la connexion originelle de leur âme à leur bien-aimé céleste.
Comme dans le premier chapitre du Mathnawï de Djalâl-od-Dîn Rumi

« Ecoute le ney (la flûte de roseau) raconter une histoire, il se lamente de la séparation : Depuis qu'on m'a coupé de la jonchaie, ma plainte fait gémir l'homme et la femme. Je veux un cœur déchiré par la séparation pour verser la douleur du désir. Quiconque demeure loin de sa source aspire à l'instant où il lui sera à nouveau unis... C'est le feu de l'Amour qui est dans le roseau, c'est l'ardeur de l'Amour qui fait bouillonner le vin.... »

Cependant vraiment important pour moi de vous préciser : le derviche tourneur ne recherche pas cet état de transe. Il est à la recherche de son bien-aimée céleste dont il se sent séparé dans cette vie sur terre. À travers le tournoiement il vit une expérience spirituelle. J’ai dit bien spirituel, quelque soit votre adhésion ou non à une forme de spiritualité. Le derviche tourne lentement sur lui-même et ne recherche pas la rapidité. Et actuellement je fais beaucoup travailler les participants sur la respiration, sur l’importance de l’inspir et de l’expir dans cette danse, et d’être conscient à l’intervalle de temps entre l’inspir et l’expir où la magie de cette danse opère. Contrairement à certaines pratiques qui se servent  de cette danse pour rejoindre volontairement un état de transe, je recherche un état de silence et d’abandon du corps et du mental.

L'expérience du tournoiement

L'expérience du tournoiement est intense, différente à chaque passage de tournoiement. Et tout simplement elle amène le danseur à se rencontrer à un niveau similaire au » maillage" dont je vous ai parlé ci-dessus. Tout simplement c'est la rencontre avec un amour infini, l'amour à soi, pour soi et aux autres, qui s'apparente à la présence et la connexion à son âme. Et cette connexion nous relie à tout ce qui nous entoure dans une expérience un peu galactique. C'est une rencontre très touchante et significative dont les participants ressortent fortifiés dans la certitude de ne plus être seul : ils se sentent accompagnés et remplis.

Cette expérience n'est pas forcément immédiate, cela prend du temps avant que notre mental accepte de lâcher la garde. Et parfois trop d'attente empêche le processus. Et vous pouvez vivre une formidable expérience sans pouvoir la renouveler à chaque danse. J'insiste beaucoup sur le lien au groupe dans cette danse, de sorte que pratiquée collectivement dans le cercle, elle permette de développer le sentiment d'appartenance au collectif et la reliance à cet état d'amour tant recherché au quotidien.

La joie est aussi très présente dans cet état transe, les émotions dont les larmes et le rire.

Les témoignages sont là pour que je corrobore avec tous ces chercheurs sur les bénéfices de cette pratique. Si intéressante parce qu’elle ne nécessite pas d’encadrement particulier ni de prise de substance, et que l’expérience peut ensuite se poursuivre individuellement. Il est possible d’en faire un outil de bien-être aussi souvent que nous en avons besoin.

Et j’ai pu constater que beaucoup de participants repartent dans leur vie d’une manière différente, plusieurs mois après j’ai pu constaté qu’ils ont passé un cap ai et mis en place dans leur vie des changements significatifs qui leur permettent de mieux vivre et de donner du sens à leur vie avec plus de paix et de sérénité.

Mon expérience pendant ma pratique de la danse soufie

Actuellement je me consacre beaucoup à la danse Malkowsky et explore moi-même ma créativité en créant des danses. C'est un grand bonheur de créer pour moi-même ! Et inévitablement dans ces danses la spirale m'habite beaucoup. Et dans les moments intenses de ma vie, parfois douloureux, je tourne sur moi-même et cela me soulage et me redonne force et apaisement. Une seule fois j'ai senti mon corps tourné spontanément par l'énergie, à une vitesse incroyable, d'autres fois des visions, et de grands états de bonheur, parfois de tristesse aussi libérée.

Actuellement je vis cette danse dans le silence, juste me déposer en moi, retour à l’essentiel de mon être en dehors du temps, sans attente, juste d’être là au creux de moi-même et de tourner et sentir le rayonnement de la vie qui coule en moi.

En conclusion, je donne la parole à ces chercheurs qui ont osé osé chercher et percé un grand mystère :

« Et donner sa place à la transe, ce n’est pas revenir en arrière mais donner sa place à l’avenir. »
Et quoi de plus prometteur de voir la science se servir des pratiques de transe pour en faire un outil potentiel de guérison.
Et bien-sur je vous encourage à tourner, tourner et retourner tourner, car c’est ne groupe que le processus est le plus intense.
 

Hatice

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