Le Pas des Derviches Tourneurs

Une sensation de suspension entre Ciel et Terre

La première fois que j’ai aperçu à Konya 4 jeunes garçons s’élancer et déployer leurs bras comme de grands oiseaux, mon coeur s’est embrasé. C’est un mouvement qui vous saisit et dont vous vous souvenez longtemps. Dans les familles soufis, les enfants apprennent très jeunes à tourner, poussés par leurs aînés. C’est un équilibre entre verticalité et horizontalité. Le danseur s’incline sur sur sa droite, la tête abandonnée sur « l’oreiller de Dieu » (comme le nomment les soufis), et rentre dans une spirale continue qui le suspend entre ciel et terre dans un mouvement lent et continu. Si vous pouvez être introduit auprès d’une confrérie soufi en Turquie et voir cette danse du Sâmâ autrement que sur les lieux touristiques, alors vous percevrez mieux l’énergie dégagée par ce mouvement!

Le sens du tournoiement

Les derviches tournent toujours sur le côté gauche dans une spirale centrifuge d’expansion, qui amène vers une énergie spirituelle. Ils tournent autour de leur coeur. Ils se relient au mouvement du système planétaire et tournent sur la gauche comme les planètes tournent autour du soleil. On me pose souvent la question du sens, et certains danseurs, peu à vrai dire, sont plus stables et confortables à tourner sur la droite. Bien des critères entrent en ligne de compte alors. Parfois c’est une douleur physique qui limite à tourner à gauche. Aussi c’est un besoin de plus s’ancrer dans cette spirale sur la droite qui devient centripète et concentre plus l’énergie. Enfin pour d’autres cela se passe à des niveaux émotionnels et mentaux, jusqu’à des processus physiologiques d’équilibre de l’oreille interne. Dans le yoga derviche développé par Idris Lahor du Samadeva, au 7e Arkanas, vous tournez sur la droite. Cela vous relie plus à l’énergie du soleil. Dans tous les cas j’invite le danseur à expérimenter le tournoiement sur la gauche et à ressentir. J’’essaye de rester fidèle à l’enseignement soufi sans pour autant rentrer dans un processus qui enferme et limite. En symbolique tourner sur la gauche, c’est aller vers plus d’abandon et de lâcher prise, de créativité.

La technicité du pas des derviches tourneurs.

1001 jours d’apprentissage dans les confréries derviches…3 années

Le pas des derviches tourneurs est complexe et long dans son apprentissage et j’ai longtemps hésité à le retransmettre. Tout d’abord parce que j’ai du apprendre par observation au départ, et ma  connaissance du mouvement m’y a bien aidé. Point de livres pour apprendre car l’enseignement des soufis est une transmission orale essentiellement. Et de surcroit, chaque danseur soufi a sa particularité dans sa manière de poser les pieds. Un tel pose le talon gauche en premier, un autre la pointe du pied d’abord, à y perdre son latin…Dans tous les cas le pivot se situe sur l’avant du pied droit, comme la pointe d’un compas ou d’une toupie. Ce pas est engageant et demande de l’équilibre, et est une savante alchimie entre tenue et lâcher prise. Je me suis mise à beaucoup expérimenter ce pas, à en sentir chaque appui, persuadée du bienfait de cette technique et de son utilité pour amener l’énergie de la spirale et cet effet « silencieux » et déployé de ce mouvement comme de se sentir planer tout en restant dans un parfait équilibre. Maintenant je transmets ce pas aux plus expérimentés, et je créé des exercices afin d’y arriver progressivement. Cela me passionne.

Le pas iranien : vers plus de liberté

J’ai appris auprès de Rana Gorgani cette danseuse Iranienne, le pas iranien qui a comme atout principal sa simplicité. Le danseur peut tournoyer longuement, avec plus d’équilibre et moins de fatigue. Le pied gauche pivote en glissant le pied bien à plat. Je tends maintenant à alterner le pas derviche et le pas iranien afin de me donner plus de liberté, et surtout à me faire ralentir. En effet la facilité de ce pas porte le danseur à accélérer et à se lancer dans une certaine ivresse du tournoiement dans une recherche d’extase. Et quelle a été ma surprise quand un maître soufi m’a intimé fermement l’injonction de ralentir : « Slowy…! ». En effet les soufis tournent dans un rythme régulier et constant, certains un peu plus vite que les autres.

Mon approche : vers plus de lenteur

Et si la clef de la danse derviche se situait dans la lenteur de toutes nos actions?

J e suis actuellement sur Gap l’enseignement de Malkowky avec Claude Laurencery initié depuis de très longues années à la Danse Libre. C’est pour moi la seconde révélation après la découverte de la danse soufi. Trouver le placement du corps le plus naturel possible afin de redonner le mouvement dans le plus de délié, le moins d’effort et dans une grande écoute musicale. C’est vraiment redonner l’onde sonore de la musique en « onde corporelle »… C’est vous dire toute une aventure, et un également un long apprentissage où on trouve la liberté » après acceptation de ces Lois du mouvement. En fait tout part du centre, et Isadora Duncan en a été une des initiatrices. Cela enrichit considérablement mon enseignement de la danse soufi. Tourner dans un sens continu peut en effet induire des tensions dans un corps où l’énergie ne circule pas. En fait ce pas de la danse derviche est semblable « à un pas marché en tournant », et demande donc de passer de passer le poids du corps d’un pied sur l’autre, base de l’enseignement de la Danse Libre de Malkowsky. Et pour ressentir et vivre cette fluidité du mouvement, cela demande d’expérimenter la lenteur.

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